
L’essentiel
- Donald Trump affirme que Tim Cook, le patron d’Apple, l’a appelé pour se plaindre des amendes infligées par l’Union européenne à l’entreprise.
- L’ancien président américain dit avoir promis de ne pas laisser l’Europe « profiter » des géants technologiques américains s’il revient à la Maison-Blanche.
- Apple n’a pas commenté publiquement ces déclarations, qui n’ont pas été confirmées par l’entreprise.
- L’épisode s’inscrit dans une campagne où les dirigeants de la tech multiplient les contacts avec les candidats et où la régulation européenne devient un sujet politique américain.
Donald Trump a affirmé, lors d’un entretien podcast, que Tim Cook l’avait appelé quelques heures plus tôt pour se plaindre des sanctions européennes contre Apple. Selon l’ancien président, le dirigeant aurait évoqué une amende de 15 milliards de dollars, puis une sanction supplémentaire de 2 milliards. Derrière ces chiffres approximatifs se cachent deux dossiers distincts : le contentieux fiscal irlandais d’Apple, qui a conduit la Cour de justice de l’Union européenne à confirmer le remboursement de 13 milliards d’euros d’avantages indus, et l’amende de 1,8 milliard d’euros infligée par la Commission européenne en mars 2024 pour des pratiques anticoncurrentielles dans la musique en streaming. Trump présente ces décisions comme une attaque de l’Europe contre les entreprises américaines. Apple, de son côté, n’a pas commenté publiquement ces déclarations.
Un appel révélé par le candidat républicain
Dans le récit de Donald Trump, Tim Cook aurait donc décroché son téléphone pour alerter le candidat républicain sur le climat réglementaire européen. L’ancien président raconte que le patron d’Apple lui aurait expliqué que l’Union européenne utilisait les amendes pour « gérer » les entreprises américaines, avant d’ajouter que, selon lui, l’Europe se comportait comme si ces sociétés étaient les siennes. Donald Trump assure avoir répondu qu’il devait d’abord être élu, mais qu’il ne laisserait pas l’Union européenne profiter des entreprises technologiques américaines. Ces propos, rapportés par le candidat lui-même, n’ont pas été confirmés par Apple. Ils doivent donc être lus avec prudence : il s’agit d’une déclaration politique, faite en pleine campagne, et non d’une confirmation officielle de l’entreprise.
La séquence n’est pas anodine. Elle intervient à quelques semaines d’un scrutin présidentiel américain particulièrement serré, où les grandes entreprises technologiques sont à la fois des cibles politiques, des bailleurs de fonds potentiels et des interlocuteurs incontournables pour les candidats. Tim Cook, connu pour son pragmatisme, a entretenu des relations avec Donald Trump durant son premier mandat. Le dirigeant d’Apple avait notamment participé à des discussions avec l’administration sur les droits de douane, la production aux États-Unis ou encore la protection des données. Cette proximité n’a jamais empêché Apple de critiquer certaines décisions, mais elle illustre la manière dont les grandes entreprises cherchent à préserver leurs intérêts auprès du pouvoir politique, quel qu’il soit.
Deux dossiers européens au cœur des critiques
Les montants évoqués par Donald Trump renvoient à deux affaires bien réelles. La première concerne l’Irlande et les avantages fiscaux dont Apple a bénéficié entre 2003 et 2014. La Commission européenne avait estimé que ces arrangements constituaient une aide d’État illégale et avait ordonné à Apple de rembourser 13 milliards d’euros. Après des années de procédure, la Cour de justice de l’Union européenne a confirmé cette décision en septembre 2024. Pour les défenseurs de la concurrence, il s’agissait de corriger un avantage fiscal injuste. Pour Apple et ses soutiens, la décision a été perçue comme une remise en cause de la souveraineté fiscale irlandaise et comme un signal envoyé aux multinationales américaines.
La seconde affaire est plus récente et plus directement liée aux pratiques de l’App Store. En mars 2024, la Commission européenne a infligé à Apple une amende de 1,8 milliard d’euros pour abus de position dominante dans la distribution de musique en streaming. Bruxelles reprochait à l’entreprise d’avoir imposé des restrictions aux développeurs, notamment à Spotify, en les empêchant de renvoyer les utilisateurs vers des offres moins chères en dehors de l’application. Apple a contesté cette décision et a fait appel. Pour Donald Trump, ces deux dossiers se rejoignent : ils illustrent selon lui une Europe qui chercherait à taxer et à réguler les succès américains. C’est une lecture politique, qui simplifie des procédures juridiques complexes, mais qui trouve un écho auprès d’une partie de la Silicon Valley.
Apple, l’Union européenne et le DMA : un conflit de longue durée
Au-delà des amendes, c’est tout l’écosystème réglementaire européen qui irrite les géants américains du numérique. Le Digital Markets Act, entré en vigueur en 2024, impose aux plateformes considérées comme « contrôleurs d’accès » une série d’obligations : ouverture à la concurrence, interopérabilité, transparence sur les données, possibilité pour les développeurs de proposer des offres alternatives. Apple a dû adapter l’App Store, autoriser des boutiques d’applications alternatives et revoir certaines pratiques. Ces changements sont loin de satisfaire l’entreprise, qui estime que le DMA crée des risques pour la sécurité et la vie privée des utilisateurs.
Pour les autorités européennes, l’objectif est de rééquilibrer un marché dominé par quelques acteurs capables d’imposer leurs règles à des milliers d’entreprises et à des millions de consommateurs. Pour les entreprises américaines, le DMA représente une contrainte concurrentielle et un coût d’adaptation. Donald Trump n’est pas le premier homme politique améric
Source:Numerama News
