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Inde: le Premier ministre Narendra Modi a inauguré le temple de Rama à Ayodhya

Oct 27, 2026  Twila Rosenbaum 11 views
Inde: le Premier ministre Narendra Modi a inauguré le temple de Rama à Ayodhya

Les faits clés

  • Le 22 janvier 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi a présidé l’inauguration du temple de Rama à Ayodhya, dans l’Uttar Pradesh.
  • Le sanctuaire est construit sur un site qui a abrité la mosquée Babri, édifiée au XVIe siècle et détruite en 1992 par des nationalistes hindous.
  • En 2019, la Cour suprême de l’Inde a attribué le terrain disputé aux hindous et accordé un autre terrain aux musulmans pour construire une nouvelle mosquée.
  • Narendra Modi a officié en tant que Premier ministre lors de la cérémonie religieuse, ce qui relance les critiques sur la laïcité de l’État indien.
  • L’événement intervient à quelques mois de législatives cruciales, dans un contexte de forte mobilisation politique autour de l’hindouisme.

À Ayodhya, dans l’Uttar Pradesh, la journée du 22 janvier 2024 a été présentée comme un moment de rupture dans l’histoire politique et religieuse de l’Inde. Narendra Modi, Premier ministre et figure centrale du Bharatiya Janata Party, a présidé l’inauguration d’un temple dédié à Rama, l’une des divinités majeures de l’hindouisme. La cérémonie s’est déroulée sur un site hautement symbolique, qui a abrité pendant des siècles une mosquée du XVIe siècle, la mosquée Babri, avant sa destruction par une foule de militants hindous en 1992. Pour les nationalistes hindous au pouvoir, l’édification de ce temple constitue une revanche sur les anciens envahisseurs musulmans et le début d’une nouvelle ère. Pour les critiques, elle illustre au contraire une dérive confessionnelle de l’État indien, dont la Constitution affirme pourtant la laïcité.

Un site au cœur d’un conflit historique

Le terrain d’Ayodhya est depuis des décennies au centre d’un conflit politique, juridique et religieux. Les hindous affirment que la mosquée Babri avait été construite sur les ruines d’un ancien temple dédié à Rama, sur le lieu même de sa naissance. Les archéologues n’ont jamais pu établir cette affirmation de manière consensuelle, mais la revendication a profondément structuré la vie politique indienne. Dans les années 1940, des fidèles hindous ont installé une icône de Rama à l’intérieur de la mosquée, déclenchant l’un des conflits intercommunautaires les plus importants de l’Inde moderne. Le litige a été instrumentalisé par le parti nationaliste hindou du BJP pour mobiliser des électeurs et élargir sa base politique. En 1992, la destruction de la mosquée par des militants hindous a provoqué une onde de choc nationale et des violences meurtrières. La Cour suprême a finalement clos une partie du dossier en 2019, en attribuant le terrain disputé aux hindous et en accordant un autre terrain aux musulmans pour l’édification d’une nouvelle mosquée.

Une cérémonie présidée par le chef du gouvernement

Le 22 janvier, Narendra Modi n’a pas seulement assisté à l’inauguration : il a officié lors de la cérémonie religieuse. Guidé par un prêtre, il a participé aux offrandes au dieu Rama et a suivi les rites de consécration du sanctuaire. Ce rôle religieux, exercé par le chef du gouvernement, a été largement commenté. Dans un pays où la Constitution définit l’État comme laïc, la présence active du Premier ministre à une cérémonie de consécration d’un temple constitue un geste politique fort. Ce n’est pas la première fois que Narendra Modi participe à un tel événement : il avait déjà présidé, trois ans plus tôt, la pose de la première pierre du temple. Cette continuité montre à quel point le projet d’Ayodhya est lié à l’identité politique du Premier ministre et à la stratégie électorale du BJP. La cérémonie a été retransmise publiquement et a rassemblé une foule nombreuse, venue saluer celui qui a porté la promesse de la construction du temple.

La laïcité au centre des critiques

La laïcité indienne est mise à l’épreuve par cet événement. Le modèle constitutionnel indien ne repose pas sur une séparation stricte entre religion et État, mais sur une reconnaissance égale des communautés religieuses et sur la neutralité de l’État. Or, pour de nombreux observateurs, la participation du Premier ministre à une cérémonie de consécration hindoue brouille la frontière entre pouvoir politique et religion. Les critiques rappellent que Narendra Modi avait déjà exercé un rôle religieux lors de la pose de la première pierre du temple. Ils y voient la confirmation de la volonté du BJP de faire de l’hindouisme la religion dominante de l’État, voire une religion d’État. Dans son discours après la cérémonie, Narendra Modi a déclaré que le dieu Rama représentait la fondation de l’Inde et devait guider sa loi. Ces propos ont été interprétés comme une volonté d’inspirer la législation par la religion, ce qui évoque davantage une théocratie qu’une république laïque. L’événement intervient à trois jours des célébrations du 26 janvier, souvent présentées comme la fête de la Constitution, en présence du président français Emmanuel Macron.

Un discours politique et religieux

Au-delà de la cérémonie, l’inauguration du temple de Rama s’inscrit dans une rhétorique politique plus large. Narendra Modi se présente comme un homme qui tient ses promesses. Dans les rues d’Ayodhya, le slogan « Les garanties de Modi » a été largement affiché, comme pour rappeler aux électeurs que la construction du temple était l’une des promesses phares du BJP. La mise en scène de l’événement, la retransmission publique et l’ampleur des moyens déployés témoignent de la volonté de transformer cette inauguration en triomphe politique. Pour les partisans du Premier ministre, le temple est l’aboutissement d’un combat de plusieurs décennies mené par le mouvement nationaliste hindou. Pour ses adversaires, il s’agit d’une instrumentalisation de la religion à des fins électorales. La cérémonie a aussi été l’occasion de rappeler que le BJP et ses alliés ont longtemps fait de la question d’Ayodhya un thème mobilisateur, capable de fédérer une partie de l’électorat hindou autour d’un symbole identitaire.

Un calendrier électoral décisif

À trois mois des élections législatives, l’inauguration du temple peut influencer le vote. Le scrutin est prévu au printemps 2024, et Narendra Modi brigue un troisième mandat consécutif. Dans le nord de l’Inde, où la dévotion à Rama est particulièrement forte, la cérémonie devrait renforcer sa popularité. Les électeurs hindous qui soutiennent le projet du temple y voient la réalisation d’une promesse ancienne. Le Premier ministre capitalise sur cette reconnaissance en se présentant comme l’homme qui a su accomplir ce que les gouvernements précédents n’avaient pas fait. La campagne électorale devrait donc accorder une place importante à ce symbole. L’opposition, de son côté, n’a pas encore trouvé de discours alternatif suffisamment efficace pour défendre une politique plus laïque et respectueuse des minorités religieuses. Divisée et fragilisée, elle peine à proposer une contre-narration capable de concurrencer l’émotion suscitée par l’inauguration du temple.

Un électorat hindou mobilisé

La foule présente à Ayodhya et les images diffusées à la télévision montrent l’ampleur de la mobilisation. De nombreux fidèles affirment que Narendra Modi a été essentiel dans ce combat pour obtenir le temple et lui sont reconnaissants. Cette gratitude pourrait se traduire dans les urnes, en particulier dans les circonscriptions du nord du pays. Le BJP mise sur cet élan pour mobiliser son électorat traditionnel et convaincre les indécis. La cérémonie a également permis au Premier ministre de renforcer son image de leader religieux et nationaliste, capable de défendre les intérêts de la majorité hindoue. Pour les partisans du temple, l’événement marque la fin d’une injustice historique. Pour les détracteurs, il consacre au contraire la domination d’une vision religieuse de la nation, au détriment de la pluralité de l’Inde.

Les minorités religieuses inquiètes

Les organisations musulmanes et plusieurs défenseurs des droits humains ont exprimé leur inquiétude après l’inauguration. Ils craignent que la cérémonie ne renforce le sentiment d’exclusion des minorités religieuses et ne fragilise davantage la laïcité indienne. La destruction de la mosquée Babri en 1992 reste un traumatisme profond pour de nombreux musulmans indiens. L’attribution du terrain aux hindous par la Cour suprême en 2019, bien qu’accompagnée d’un terrain compensatoire pour les musulmans, n’a pas apaisé toutes les tensions. La construction du temple est perçue par certains comme la validation politique d’un acte de destruction. Les autorités assurent que l’ordre public sera maintenu et que les droits de toutes les communautés seront protégés. Mais dans un contexte de polarisation accrue, la méfiance demeure vive. Les responsables musulmans appellent à la vigilance et à la préservation du caractère pluraliste de la République indienne.

Une ville transformée et sous tension

Ayodhya a connu une transformation spectaculaire ces dernières années. De grands travaux d’infrastructure ont été lancés pour accueillir les pèlerins et les visiteurs : nouvelles routes, gares rénovées, hôtels, espaces publics et dispositifs de sécurité. La ville, autrefois petite cité religieuse, est devenue un projet politique et économique majeur. Les autorités espèrent attirer des millions de fidèles et développer le tourisme religieux. Cette transformation s’accompagne toutefois de tensions. Les habitants musulmans de la région disent se sentir marginalisés par les discours majoritaires. La présence policière a été renforcée autour du site, et les autorités ont pris des mesures pour éviter des débordements. L’inauguration du temple a été présentée comme une fête nationale, mais elle rappelle aussi les blessures laissées par des décennies de conflit.

Une portée nationale et internationale

L’événement dépasse les frontières d’Ayodhya. Il intervient dans un contexte de montée en puissance du nationalisme hindou et de redéfinition de l’identité indienne. Pour les partisans de Narendra Modi, le temple symbolise la renaissance d’une civilisation et la fin d’une longue période d’effacement. Pour ses critiques, il illustre une dérive autoritaire et communautaire, dans laquelle la religion devient un instrument de pouvoir. Les observateurs internationaux suivent avec attention l’évolution de la laïcité indienne, alors que le pays est présenté comme la plus grande démocratie du monde. La visite d’Emmanuel Macron quelques jours plus tard, pour les célébrations du 26 janvier, donnera lieu à des discussions sur les droits humains et sur la place des minorités. La campagne électorale devrait donc continuer de se nourrir de ce symbole, et le temple de Rama pourrait devenir l’un des thèmes centraux du scrutin à venir.


Source:RFI News


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