
Noah Lyles, le champion olympique du 100 m, a fait son entrée dans la saison en plein air, ce dimanche, à l'occasion du meeting de Tokyo, troisième étape du Continental Tour. Dans des conditions ensoleillées et sur une piste sèche, le sprinteur américain s'est imposé sur la ligne droite en 9''95, avec un vent favorable de +0,6 m/s. Il a devancé son compatriote Tate Taylor (10''04) et le Britannique Jake Odey-Jordan (10''09).
Cette victoire, obtenue non sans difficulté, revêt une importance particulière pour Lyles, qui n'avait pas encore couru sur 100 m depuis son sacre olympique de l'été dernier à Paris. Le public japonais, venu nombreux au stade olympique de Tokyo, a assisté à une démonstration de maîtrise et de gestion de course, même si le départ du vice-champion du monde du 200 m n'était pas parfait. En effet, Lyles a pris un mauvais départ, se retrouvant en retard sur ses concurrents dès les premiers mètres. Ce n'est qu'aux environs de la mi-course qu'il a accéléré pour prendre la tête, avant de boucler la ligne droite en vainqueur, avec une fin de course impressionnante.
« C'est probablement mon troisième ou quatrième meilleur début de saison, donc c'est vraiment un très bon signe pour le reste de l'année, a-t-il commenté dans une interview après la course. Ça valait la peine de faire le déplacement. » Ces propos témoignent de la confiance du sprinteur américain, qui semble déjà dans de bonnes dispositions à un peu plus d'un an des prochains championnats du monde d'athlétisme, prévus à Pékin en 2027. Mais son objectif principal reste les Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028, où il espère briller à domicile.
Le retour attendu de Noah Lyles
Noah Lyles, âgé de 28 ans, est devenu l'une des figures les plus emblématiques de l'athlétisme mondial grâce à sa double couronne sur 100 m et 200 m aux Jeux de Paris, où il avait également remporté le relais 4 x 100 m avec l'équipe des États-Unis. Avant cela, il avait déjà marqué l'histoire en devenant champion du monde du 200 m à trois reprises (2019, 2022, 2023) et champion du monde du 100 m en 2023 à Budapest. Son palmarès exceptionnel et sa personnalité flamboyante, souvent comparée à celle de son idole Usain Bolt, en font une superstar du sport.
La saison 2026 avait plutôt bien commencé pour Lyles sur le plan de la préparation hivernale, avec des sorties sur 60 m en salle qui avaient montré de bonnes sensations. Mais le meeting de Tokyo constitue son premier vrai test en plein air sur la distance reine, et le chrono de 9''95, bien que modeste par rapport à ses records personnels (9''79 sur 100 m en 2024, 19''31 sur 200 m en 2022), est jugé positif pour un début de saison. Les conditions de course, avec une piste rapide et un vent légèrement favorable, ont permis aux spectateurs de voir un Lyles appliqué, mais pas encore au maximum de ses capacités.
L'un des points d'interrogation pour cette saison résidait dans la gestion du double programme 100 m-200 m, que Lyles a décidé d'assumer pleinement, comme il l'a fait lors des Jeux de Paris. Son entraîneur, le célèbre coach américain Lance Brauman, avait annoncé en début d'année que l'objectif serait d'accumuler les courses sur 100 m afin de solidifier sa technique de départ, souvent considérée comme son point faible face à des sprinteurs plus explosifs comme Kishane Thompson ou Fred Kerley.
Un plateau relevé à Tokyo
Le meeting de Tokyo, qui s'est tenu ce dimanche, réunissait quelques-uns des meilleurs sprinteurs mondiaux, à l'exception notable de Kishane Thompson, le champion du monde du 100 m, qui préfère préparer la saison à Kingston. Outre la victoire de Lyles sur 100 m, d'autres performances notables ont émaillé la réunion. L'Américain Jordan Anthony a remporté le 200 m en 20''05, signant sa meilleure performance de l'année. Cette course, sans grande opposition, a permis au jeune sprinteur de 24 ans de confirmer son potentiel après une saison 2025 décevante en raison d'une blessure au ischio-jambier.
Sur 400 m, la grande attraction était Rai Benjamin, le champion olympique du 400 m haies, qui s'est aligné sur la distance plate dans le cadre de sa préparation pour la saison estivale. Benjamin a remporté la course en 44''69, un chrono remarquable pour un coureur de haies, qui démontre sa polyvalence et sa vitesse de base exceptionnelle. Ce temps le placerait parmi les dix meilleurs performeurs américains de l'histoire sur 400 m plat, une discipline qu'il ne court que rarement. Sa performance a été saluée par les observateurs, car elle intervient à un moment où son compatriote Quincy Hall, champion olympique du 400 m, est en phase de reprise après une opération du genou.
Chez les femmes, l'Américaine Alia Armstrong a remporté le 100 m haies en 12''75, une excellente marque pour cette période de l'année. Spécialiste des haies hautes, Armstrong avait été médaillée de bronze aux championnats du monde 2025 à Tokyo, justement. Sa victoire dans le même stade où elle avait décroché son podium mondial constitue un clin d'œil sympa et une confirmation de sa bonne forme hivernale. Elle devance sur cette course la Jamaïcaine Danielle Williams et la Française Cyréna Samba-Mayela, qui étaient toutes deux engagées.
Le Continental Tour, tremplin vers les grands rendez-vous
Le meeting de Tokyo appartient au Continental Tour, circuit d'athlétisme créé par World Athletics en 2020 pour offrir des compétitions de niveau intermédiaire entre les meetings de la Diamond League et les compétitions nationales. Il se compose de plusieurs étapes à travers le monde, classées en or, argent et bronze, et permet aux athlètes d'engranger des points pour leur ranking mondial, indispensable pour se qualifier aux championnats internationaux. L'édition 2026 du Continental Tour a débuté à Melbourne en mars avec des performances modestes, puis Nairobi en avril, avant cette étape japonaise.
La présence de Noah Lyles à Tokyo, plutôt qu'à un meeting de la Diamond League comme Doha ou Shanghai, relève d'un choix stratégique délibéré. Le sprinteur américain a souvent expliqué qu'il aimait débuter sa saison dans des environnements moins médiatisés, afin de progresser sans pression excessive. Il avait déjà participé au meeting de Tokyo en 2024, s'imposant déjà sur 100 m en 9''93, après une préparation compliquée par un léger souci musculaire. Cette régularité dans ses choix de calendrier suggère une approche méthodique, axée sur une montée en puissance progressive pour les championnats du monde de 2027 et les Jeux de Los Angeles.
La prochaine étape du Continental Tour aura lieu le 26 mai à Zagreb, en Croatie. Il n'est pas encore confirmé que Lyles y participera, mais l'annonce de sa présence pourrait attirer une foule nombreuse, comme cela a été le cas à Tokyo. Le sprinteur américain bénéficie d'une popularité grandissante en Asie, notamment grâce à ses interactions avec les fans et à son style charismatique. Il a d'ailleurs pris le temps, après sa course, de signer des autographes et de prendre des selfies avec de jeunes athlètes locaux, contribuant ainsi à promouvoir l'athlétisme au Japon, un pays où ce sport connaît un regain d'intérêt grâce à la réussite de ses relayeurs et de son sprinteur Abdul Hakim Sani Brown.
Cette première victoire de la saison est d'autant plus encourageante que Lyles n'a pas encore atteint son pic de forme. Les observateurs notent que son début de saison 2025 avait été plus poussif, avec un chrono de 10''04 à son premier meeting, puis une montée en puissance réussie qui l'avait mené à remporter les championnats des États-Unis et à décrocher la médaille d'argent aux mondiaux de Tokyo. Cette année, le contexte est différent : Lyles porte désormais le dossard de champion olympique, et chaque course sera scrutée à la loupe. Son chrono de 9''95, associé à une victoire malgré un départ manqué, envoie un signal clair à ses adversaires.
L'analyse de la course révèle que Lyles a réussi à maintenir une fréquence de jambes élevée dans la phase de pick-up, alors que son corps, selon ses dires, n'était pas encore complètement relâché. « J'ai fait quelques erreurs techniques dans les premiers mètres, mais je suis resté patient », a-t-il déclaré. Il a également souligné l'importance du travail effectué cet hiver sur la force et la puissance, qui lui a permis de compenser son départ défaillant. Cette capacité à s'adapter en course, couplée à une pointe de vitesse redoutable dans les trente derniers mètres, est ce qui différencie les grands champions des simples sprinteurs.
En marge de la compétition, les organisateurs du meeting de Tokyo ont également rendu hommage au célèbre entraîneur Rana Reider, qui accompagne plusieurs athlètes présents ce dimanche, dont Lyles et Benjamin. Reider, qui a été suspendu à plusieurs reprises pour des infractions mineures aux règles de l'athlétisme, a vu son groupe, désormais basé à Jacksonville en Floride, devenir une véritable force dominante. Les rivalités internes au sein de ce groupe, notamment entre Lyles et Benjamin, se révèlent bénéfiques, chacun poussant l'autre à se dépasser à l'entraînement.
Au-delà des résultats individuels, ce meeting de Tokyo a permis de mesurer le niveau des athlètes européens en préparation de la saison des championnats. Le Britannique Jake Odey-Jordan, qui a terminé troisième sur 100 m avec un chrono de 10''09, est en pleine progression à 22 ans. Il a réalisé cette performance alors qu'il avait déjà couru un 200 m plus tôt dans la journée, prouvant une belle fraîcheur. L'avenir lui appartient, et son duel avec Lyles sera certainement l'un des plus intéressants à suivre dans les années à venir.
Du côté des sprints haies, la course féminine a tenu toutes ses promesses avec trois athlètes en dessous des 13 secondes. Alia Armstrong, victorieuse en 12''75, a précédé Danielle Williams (12''81) et Cyréna Samba-Mayela (12''89). Cette dernière, championne d'Europe en titre, a montré qu'elle était sur la bonne voie après une saison hivernale mitigée. Quant au 400 m masculin, la performance de Rai Benjamin en 44''69 éclipse quelque peu celle de son compatriote Michael Norman, qui s'est aligné sur la même distance et a terminé troisième en 45''12. Norman, ancien recordman du monde du 400 m en salle, semble peiner à revenir à son meilleur niveau depuis sa blessure au tendon d'Achille en 2024.
Le meeting s'est conclu sous une ovation debout pour Noah Lyles, qui a effectué son traditionnel tour d'honneur avec le drapeau américain. Interrogé sur ses objectifs pour les semaines à venir, il a évoqué sa participation probable à la Diamond League de Rome, prévue le 19 juin, puis aux championnats des États-Unis fin juillet. « Je veux continuer à construire, course après course », a-t-il conclu. « L'objectif principal, c'est d'être à mon meilleur niveau lors des championnats du monde de l'année prochaine et, bien sûr, de défendre mes titres olympiques à Los Angeles. »
Cette sérénité affichée, combinée à des performances solides dès le premier rendez-vous de plein air, laisse présager une saison passionnante pour l'athlétisme mondial. Les fans de la discipline, au Japon comme ailleurs, retiennent déjà la leçon : Noah Lyles est prêt à enchaîner les victoires, et son mauvais départ de Tokyo n'aura été qu'un détail dans une année qui s'annonce riche en émotions. Le prochain rendez-vous est fixé à Zagreb, où le sprinteur américain pourrait bien, une nouvelle fois, faire parler la poudre.
Source:L'Équipe News
